lundi 1 mai 2017

Élixir de nouvelles steampunk



Synopsis :


Élixir vous ouvre les portes d’un passé futuriste qui n’a jamais existé.

À moins que...

Dans ce monde de vapeur et de rouages où science et magie se côtoient, vous rencontrerez des inventeurs plus loufoques les uns que les autres, parfois charmants, d’autres fois terrifiants. Vous découvrirez un appareil photographique qui n’en fait qu’à sa tête, un sous-marin en quête de créatures fabuleuses, un musée de cire où les statues prennent vie, le premier ordinateur de l’Histoire, et bien d’autres choses encore.

Au fur et à mesure de votre lecture, d’étranges liens entre les textes éveilleront votre intérêt. Vous ne pourrez vous empêcher de remarquer la présence fugace mais récurrente de mystérieux matériaux aux étonnants pouvoirs. Et si la dernière nouvelle vous livrait leur secret ?


Chronique :


Le Steampunk est un genre qui, de base, me plait beaucoup. Et ce recueil de nouvelles a été une superbe découverte.

Toutes les nouvelles sont très prenantes et pertinentes dans leurs messages. Si je les ai toutes aimées, c'est l'avant-dernière qui a tout de même ma préférence. Elle est celle qui m'a le plus subjugué, et est immersive au possible.

La force principale de cet excellent recueil réside dans son fil conducteur, où sciences et magie s'entremêlent parfaitement et avec crédibilité. Delphine a construit chaque nouvelle avec minutie, restant cohérente dans la construction globale de son œuvre. Presque chacune des nouvelles a une fin plus ou moins ouverte. Même si je m'attendais à un autre dénouement pour certaines d'entre elles, elles ont au moins le mérite de laisser place au raisonnement et à l'imagination du lecteur. 
Personnellement, j'étais parvenu pour la plupart à deviner les tenants et aboutissants quant à celui ou celle qui tirer les ficelles. Néanmoins, le suspense demeure assez bon, car certains rebondissements sont plutôt inattendus.

Delphine a construit son recueil tel un puzzle, dont il faut pouvoir assembler chaque morceau pour savoir de quoi il en découle. Dans chaque nouvelle, la tension demeure palpable et l'intrigue mystérieuse. Je me demandais sans cesse ce qui allait vraiment se passer, réfléchissant au lien qu'il pouvait y avoir entre elles. À la fin du recueil, je peux dire que je ne m'attendais pas à une telle révélation, me faisant dire que Delphine a été plus loin que je ne l'aurais pensé. Et le plus drôle, c'est que ça tient parfaitement la route.

Je parlais plus haut de l'avant-dernière nouvelle m'ayant particulièrement submergé. Celle-ci demeure pour moi une prouesse de créativité. Les messages quant à notre monde et les conséquences des actions humaines apparaissent très clairement dans cette nouvelle. J'ai d'ailleurs été très agréablement surpris en croisant certains personnages très célèbres, ayant eu un impact non négligeable sur l'humanité.

Au travers des différentes nouvelles, Delphine a mis en scène des personnages crédibles et attachants (comment ne pas être touché par cet homme au passé douloureux se faisant justice lui-même), ainsi que des technologies apparaissant déjà révolutionnaires dans ces époques antérieures. J'ai trouvé fascinant de découvrir ces anciennes technologies, le parallèle avec notre époque se faisant aisément. Il était effarant de constater à quel point celles-ci ont évolué.

Ce recueil de nouvelles démontre toute la soif de pouvoir et de savoir pouvant ronger l'humain. Dans sa nature, celui-ci est sans cesse en quête de nouvelles connaissances, voulant tester ses limites, le plus souvent pour d'obscures raisons (l'argent, la domination, le contrôle sur autrui...). Mais comme Delphine le fait bien comprendre, c'est quand il est trop tard que l'humain prend soudain conscience de ses erreurs. Ce recueil envoie pour moi un message clair : le passé, autant au niveau humain que technologique, ne doit pas être oublié, et doit permettre à l'humain d'agir dans le bon sens pour le futur.

Cet excellent livre ne serait pas non plus ce qu'il est sans la très belle écriture de Delphine. Les mots défilent tout seuls, grâce à un vocabulaire clair et recherché en même temps, collant parfaitement au thème et à l'époque dans laquelle les nouvelles se déroulent. Elle est parvenue à m'immerger facilement dans son univers, tissant les fils de son intrigue telle une marionnettiste.

Original, pertinent, intelligent et mystérieux, sont pour moi les qualificatifs qui conviennent à Élixir de nouvelles steampunk, qui mérite vraiment d'être découvert. Grâce à ce recueil, Delphine a accentué mon envie de connaitre davantage d'œuvres dans ce genre, qui est très intéressant à plus d'un titre. 

vendredi 21 avril 2017

Ronces Blanches et Roses Rouges



Synopsis :


Orphelines d’un passé dont elles n’ont aucun souvenir, Sirona et sa jeune sœur Eloane sont aussi différentes qu’inséparables.
Quand leur tutrice, Iphigénie Whitecombe, fiance l’aînée à un inconnu, leur avenir sombre dans l’incertitude… Pour échapper au mariage qui l’effraie et à la colère dévastatrice de Mme Whitecombe, Sirona prend la fuite.
Au cœur d’une forêt obscure et de sa propre tourmente, elle se fait toutefois une promesse : celle de revenir chercher sa sœur.
Quitte à affronter l’ours qui rôde dans son sillage.
Quitte à suivre les ronces blanches et les roses rouges.
Quitte à croire en la magie.
Mais c’est sans compter sur l’énigmatique pianiste qui compose une toile de mélodies enivrantes, dans son château où la nuit est synonyme de toujours…
La musique, le désir de vengeance, l’amour véritable comme l’attirance malsaine tissent les fils rouges et blancs qui se croisent et se nouent jusqu’à la fin de ce récit enchanteur, inspiré par le conte des frères Grimm : Blanche-Neige et Rose-Rouge.


Chronique :


Magic Mirror Éditions est une récente maison spécialisée dans la réédition des contes, que ces derniers soient des classiques ou des histoires oubliées. Et pour leur première publication, je n'ai qu'une chose à dire : chapeau !

Je suis immédiatement rentré dans l'histoire, car ce qui m'a frappé d'emblée, c'est l'ambiance à la fois onirique et mystérieuse mise en place, ainsi que la magnifique plume de Laetitia. Celle-ci est à l'image de ce merveilleux conte : féerique, poétique, douce et sombre à la fois. Elle reste toujours cohérente avec son propos, parvenant à me faire ressentir les sentiments et émotions des personnages.

Ces derniers sont bien construits et suffisamment développés pour que le lecteur prenne le temps de se familiariser avec eux. 
J'ai beaucoup aimé Sirona, qui incarne la prudence, le mystère et la raison, tout en demeurant plus sensible qu'il n'y parait. Le fait qu'elle sache voir au-delà des apparences m'a touché, bien qu'au départ, elle ait du mal à croire en la magie. Les événements dont elle va être témoin vont la forcer à reconsidérer son opinion sur cette dernière. C'est un personnage intelligent qui a également une certaine force de caractère, et ça m'a beaucoup plu.
Eloane est l'opposée de Sirona : plus gaie, enjouée, mais aussi plus naïve. J'ai aimé sa relation avec Sirona, faite de remises en question et de compréhension. Elles sont protectrices l'une envers l'autre, même si la vie et les événements rencontrés ne vont pas les épargner.
Quant au pianiste, j'ai eu, tout au long de l'histoire, du mal à le cerner. Plus exactement, je comprenais ses intentions, mais mon sentiment oscillait sans cesse entre désarroi et peine. C'est un personnage qui demeure énigmatique et ambigu.

L'intrigue du roman est saisissante, pleine de suspense. Elle est entourée de mystère, de féerie, de poésie, nous rappelant l'enfant qui sommeille en nous, à cette époque où nous nous émerveillions devant les paysages enneigés, la beauté même de la nature et tout ce qui l'entoure. C'est une histoire tendre et forte à la fois, qui ne manque pas d'émouvoir et de surprendre par sa sensibilité et ses messages cachés.

Laetitia a fait bien plus que se réapproprier ce fameux conte oublié des frères Grimm : elle a construit cette histoire à sa manière, avec sa plume et sa sensibilité, lui donnant un nouveau souffle. Magic Mirror a eu une superbe idée en incluant le conte original à la fin de l'histoire, permettant de le (re)découvrir et de se faire sa propre idée par rapport à ce qu'en a fait Laetitia. Je ne m'étendrais pas sur le sujet, mais je trouve que Laetitia l'a magnifié, lui donnant un côté plus mature et encore plus humain, tout en créant sa propre histoire, et c'est un vrai tour de force.

Ce conte est absolument merveilleux. Ce qui fait tout son charme réside pour moi dans sa morale et les messages qui y sont dissimulés. C'est un vibrant hommage à la nature et à son respect, à l'art dans son ensemble (notamment la musique), ainsi qu'aux liens familiaux. 
Laetitia, à travers sa plume, donne corps à la nature et à ses éléments, faisant comprendre que tout ce qui nous entoure a une âme et une volonté propre. La nature devient de ce fait un personnage à part entière dans l'histoire. Et cet ours... Si sensible, si humain... Je ne pouvais m'empêcher d'être ému à chacun de ses passages, ainsi que par ce lien qui se crée entre lui et Sirona. Voilà de ce fait un autre message : les animaux sont des êtres vivants, comme nous, plus sensibles encore que nous le sommes, ce ne sont pas des objets ou des trophées, et il faut eux aussi les respecter.
Il y a également beaucoup de leçons à tirer au niveau humain, cette histoire démontrant que les apparences ne font pas tout, et que la soif d'argent, la convoitise et la jalousie font partie de la nature humaine, certains étant prêts aux pires atrocités pour obtenir ce qu'ils veulent.

Je finirai en disant que ce conte se ressent plus qu'il ne se comprend. Tout n'est que sensations et émotions, le langage des fleurs, du vent et des autres éléments parlant pour nous. C'est original, enchanteur et vivant.

Félicitations à Magic Mirror éditions pour cette publication. Il ne fait aucun doute que cette maison a un potentiel certain et est à suivre de très près, en tout cas c'est très bien partie. Et surtout, félicitations à Laetitia, pour avoir brillamment reprit ce conte, faisant de celui-ci quelque chose de personnel et d'atypique.

samedi 1 avril 2017

Ray Shepard tome 1 - Amnésie



Synopsis :


« Mon frère, si tu crois encore assez en quelque chose pour t’y raccrocher, fais-le ; car je vais te retrouver et te tuer. »


Chronique :


Ray Shepard est une lecture qui m'a chamboulé à bien des niveaux, n'en ressortant pas indemne.

Dès le départ, Morgane plonge le lecteur dans une ambiance sombre et inquiétante, démarrant pied au plancher. J'ai été immédiatement happé par cette atmosphère oppressante, pour ne plus en ressortir. Il se dégage rapidement quelque chose d'envoûtant, de terriblement attirant. 

Les personnages mis en scène y sont pour beaucoup, car la plupart ont du charisme à revendre. Morgane leur a donné à chacun une personnalité et une aura qui les rendent aussi intriguants qu'attachants, et même détestables pour certains. J'ai vraiment aimé le fait que Morgane s'attarde sur chacun d'entre eux, permettant au lecteur de connaitre leur histoire, leurs sentiments, leur personnalité... Elle leur donne une profonde humanité.
Ray Shepard, le personnage principal, est l'exemple même du charisme. Imparfait, il est surtout complexe et mystérieux. Je ne l'ai jamais trouvé mauvais, car selon moi, son vécu l'a poussé à adopter une attitude pour le moins asociale, mais je me suis toujours persuadé qu'au fond, il a une belle personnalité. Je suis parvenu à m'attacher à lui, car il défend de belles valeurs et sa psychologie est très travaillée.
J'ai aimé la plupart des personnages, comme Kaily (qui se révèle de plus en plus intéressante au fil de l'histoire) ou encore Matt. Mais mon personnage préféré avec Ray Shepard est assurément Mariah. Elle dégage quelque chose qui est à la fois sauvage et mystérieux. C'est une fille maligne, avec ses qualités et ses défauts, que j'ai trouvé vraiment attachante. Comme Ray, elle possède un magnétisme qui intrigue et fascine en même temps. 
Ce qui fait la force des personnages également est leurs interactions. Elles sont très travaillées, naturelles et intimistes. Les émotions sont de ce fait très palpables, à un point tel que j'avais toujours l'impression de me trouver aux côtés des personnages et de vivre leurs situations. 

L'écriture de Morgane magnifie tout cela. Même dans les passages où elle s'attarde sur les sentiments des personnages, je ne me suis jamais ennuyé, tellement elle parvient à rendre le tout vraiment prenant. Les mots sont soigneusement choisis, réfléchis, bref, son écriture m'a charmé par sa fluidité et sa puissance émotionnelle.

Quant à l'intrigue, celle-ci est d'une grande cohérence. Elle est bien pensée, construite avec soin, Morgane prenant le temps de distiller les infos mais sans en faire trop, gardant toujours l'effet de surprise. Rien n'est laissé au hasard, les nerfs du lecteur étant mis à rude épreuve. Certains évènements m'ont même déchiré le cœur, c'est dire. Entre trahisons, coups de théâtre et flashbacks, le lecteur en a pour son grade. Là aussi l'émotion est au rendez-vous, car Morgane s'attarde également sur les relations familiales, donnant du corps à l'ensemble et un surplus de sensations. C'est en cela qu'il y a finalement beaucoup à apprendre d'une telle histoire, car malgré sa noirceur, elle prône de belles valeurs et une humanité indéniable, nous faisant comprendre l'importance des relations et la soif de pouvoir de l'humain, entre autres choses.

Dernier point et non des moindres : la magie utilisée. C'est bien simple, l'ambiance urbaine et réaliste du roman donne encore plus de mordant au système de magie. L'alchimie est quelque chose qui m'émerveille, me faisant penser à la sorcellerie, et l'utilisation du double animal, reflétant la moitié d'âme de la personne, rend cette magie délectable. Les combats sont décrits avec une intensité et une précision qui m'ont laissé sans voix. C'est imagé au possible, et les sensations sont électriques. Morgane a donc donné à sa magie (et même à l'ensemble de son œuvre) un côté à la fois original et intimiste. 

J'ai du mal à décrire à quel point cette lecture, à la fois fascinante et envoûtante, m'a marqué. Cette histoire est plus mature qu'il n'y parait. Morgane a construit un univers avec ses propres codes. Un univers sombre, attachant, oppressant par ses personnages et leurs mystères. 

Ray Shepard est un coup de maître de la part de son auteure, et un sacré coup de cœur pour ma part. Honnêtement, Morgane a tout d'une grande, et son livre mérite vraiment d'être connu par le plus grand nombre. Oui, ce n'est pas un classique et il n'est pas publié par une grande maison d'édition, mais le talent ne se range pas dans une case. Morgane en a énormément, de même que les éditions Plume Blanche. Car pour avoir accepté de publier un roman aussi magnifique, il en faut certainement, de même qu'une intuition indéniable.

lundi 20 mars 2017

Ashura



Synopsis :


Supposons que notre monde ne soit pas le seul.
Supposons qu’il en existe un autre pour recueillir les âmes des défunts.
Supposons maintenant que l’équilibre se brise, que ces deux mondes se mêlent et s’emmêlent, que les démons s’échappent des Enfers, que les morts enfantent des vivants…
Une guerre éclate entre deux camps immortels. Pour l’un, un seul objectif : rétablir sur le trône l’Ashura, la Reine des Démons. L’autre tentera d’empêcher que la nouvelle élue y parvienne.
Au cœur de ce conflit, une adolescente, préoccupée par ses propres problèmes, ignore tout de sa destinée.
Mais son destin va bientôt basculer, des batailles se déclarer et le sang devra couler…
Trouvera-t-elle une raison de vivre suffisamment forte pour la pousser à tenter de sauver toutes ces âmes en perdition ?
Car chacun a le droit de goûter à la vie, tant qu’il ne l’a pas encore perdue.
 

Chronique


J'ai mis beaucoup plus de temps que prévu pour le lire, et pourtant, ce fût une excellente lecture, malgré quelques bémols.

Sachant qu'il s'agissait, via les éditions Underground, d'un manga littéraire, j'ai lu ce livre comme si je regardais un manga. J'ai été agréablement surpris par le ton décalé et déjanté de l'œuvre. Léti a un humour désopilant, et ses références à certains mangas m'ont fait énormément plaisir. De plus, il y a pas mal de passages ou j'étais vraiment mort de rire. L'humour est clairement le point fort du livre.

Je dois dire cependant qu'à certains moments, les personnages, notamment le principal, se perdaient trop en divagations, et les fréquents points de suspension freinaient quelque peu ma lecture, cassant le rythme de l'action en cours. De même, je trouvais que certains passages passaient trop soudainement d'une scène à une autre, ne comprenant pas toujours où je me trouvais exactement. Je ne dis pas que ce n'était pas assez imagé, mais la construction me laissait parfois sceptique.

Pour continuer sur les personnages, ils sont aussi spéciaux qu'attachants, pour la plupart. Si certains restent détestables, d'autres cachent une personnalité plus profonde et humaine, n'étant pas ce qu'ils paraissent être au premier abord. En tout cas, un gros travail a été fait sur eux.
J'ai peu à peu pris le personnage principal en sympathie, comprenant les raisons de son comportement au vu de tout ce qu'il a traversé, même si j'avais parfois également du mal à le cerner, ainsi que de trouver qu'il se contredisais. Mais ça n'enlève en rien l'empathie que j'ai ressenti à son égard au fil de l'histoire.
Mais pour moi, le personnage le plus spécial et le plus inquiétant à la fois est sans conteste Djy. Je n'en dirais pas plus, mais il réserve bien de surprises.
Malgré tout, j'ai parfois eu du mal à ressentir vivement des émotions. Peut-être parce que l'humour prenait le pas sur le reste. Cela dit, dans la dernière partie, la donne a quelque peu changé.

L'intrigue proprement dite est intéressante, même si au premier abord, le fond n'est pas plus original que ça. Ce n'est qu'au fil du récit que je me suis rendu compte de la richesse de l'histoire, notamment sur le plan humain, d'autant plus que la forme, elle, est clairement originale.

Globalement, ce roman sort des sentiers battus. L'auteure a une très belle écriture, ainsi qu'une belle imagination. 
La dernière partie du roman est celle qui m'a le plus plu, se faisant plus sombre, plus humaine, sans pour autant perdre son humour.
Je pense que pour vraiment apprécier un tel roman, il faut savoir le prendre au second degré, en partie.
L'auteure a eu la bonne idée d'alterner les points de vue, intervenant également elle-même à certains moments. Une manière de montrer, à mon avis, que les personnages et l'écrivain ne font finalement qu'un, ce dernier étant à la fois créateur de l'histoire et protagoniste à part entière. J'ai d'ailleurs trouvé ses interventions vraiment amusantes, créant une interaction supplémentaire, et permettant à tous les personnages de s'exprimer. Quasiment aucun n'est laissé au second plan, chacun ayant son histoire, son vécu. J'ai trouvé ça vraiment appréciable.

Sous son ton décalé et enjoué, le roman cache des choses beaucoup plus sérieuses, faisant écho à notre monde, à la nature et à l'absurdité humaine.
L'auteure dresse, à mon sens, un portrait peu reluisant de l'humain lui-même et de la société. Mais sous des dehors pessimistes, j'y ai aussi vu une ode à l'amour. Malgré la souffrance et le désespoir que peuvent ressentir la plupart des personnages, ces derniers sont finalement en mal d'amour, et tous les maux proviennent au final de ce manque d'affection et d'acceptation qu'ils ont ressenti.

Ce roman est un véritable hommage aux mangas, et est à découvrir. Le ton très décalé pourrait rebuter, mais il ne faut pas s'arrêter à ça. J'ai été content de ressentir la passion, et même l'amour, que l'auteure a pour le genre, et pas seulement. 
Les éditions Underground prouvent une fois de plus leur capacité à publier des livres riches et de qualité. 

vendredi 10 mars 2017

Lebenstunnel tome 1 - Allégeance



Synopsis :


Et si le dénouement de la Seconde Guerre mondiale n’était pas celui que l’on connaissait ? 200 ans après la victoire d’Hitler, Germania n’est plus un mythe. La race aryenne tant espérée par le Führer domine le monde et toutes les autres ethnies ont été éradiquées de la planète. Krista, jeune Aryenne, travaille dans un Lebensborn. Elle a été élevée dans le moule de la race pure et ne connaît que ce mode de vie, jusqu’au jour où elle suit malgré elle une femme dans les égouts de la ville. Ce qu’elle y découvre va ébranler toutes ses convictions et peut remettre en question le fonctionnement même du monde dans lequel elle vit.  


Chronique


Tout d'abord, je remercie Oxanna de m'avoir permis de lire ce livre en service-presse, d'autant plus que je ne le regrette absolument pas !

Oxanna a démontré son talent en imaginant ce qu'il aurait pu se passer si l'allemagne avait gagné la seconde guerre mondiale. Sa très belle plume m'a fait vivement ressentir l'effroi à l'idée d'imaginer une situation aussi terrifiante. À notre époque où la technologie prend de plus en plus d'ampleur (je n'aime pas employer le terme progrès vu comment tourne la société), il fût aisé de faire le parallèle entre la situation de notre monde et cette histoire.
L'univers décrit est évidemment sombre, où la race aryenne, dominant le monde, agit tels des pantins conditionnés à ce que le gouvernement leur ordonne de faire, sans le moindre sentiment. Pourtant, au fur et à mesure de l'intrigue, une pointe d'espoir se fait ressentir.

Si au début, j'ai trouvé que certains événements arrivaient rapidement (il y a une chose à laquelle je n'ai pas trop adhéré), la donne a changé pour certains d'entre eux au moment d'arriver à la fin. Oxanna m'a impressionné par sa faculté à brouiller les pistes, accentuant sans cesse le suspense et surtout les révélations brutales difficiles à deviner. En ce sens, j'ai adoré la cohérence avec laquelle Oxanna a construit son intrigue, distillant des scènes très réalistes et imagées, ainsi que des interactions intimistes et fortes en émotions.

Les personnages sont attachants, et pour eux comme pour moi, divers sentiments prenaient le pas selon les situations. Il n'y a pas un personnage que j'ai plus aimé qu'un autre je pense, car à mesure que l'on apprend à les connaitre, chacun se révèle attachant (ou détestable). Si je n'étais pas toujours d'accord avec les décisions et réactions des personnages, d'un autre côté elles étaient compréhensibles. 

Le sujet de cette histoire m'intéresse depuis longtemps, et Oxanna, en le transposant dans le futur, l'a selon moi magnifié. Pour moi, le message est clair : il y a des choses que nous ne pouvons comprendre quant à la nature humaine.
Je me désole moi-même de cette incompréhension liée à la soif de contrôle et de pouvoir de l'être humain, alors que quand on y réfléchit, les événements passés quant à la guerre n'ont aucun sens. Mais il faut croire que c'est le prix à payer pour que le monde trouve un équilibre entre le bien et le mal.

Oxanna a montré à travers cette histoire que si nous ne nous donnons pas la force de combattre pour ce en quoi nous croyons, nous resterons des moutons que la société cherchera toujours à contrôler, et cela fait clairement écho à notre monde. De même, la manipulation à travers ce qu'on nous enseigne est aussi à prendre en compte, un des messages du roman étant celui de raisonner par nous-mêmes, de voir au-delà de ce qu'on nous montre, car nous devons être maitre de nos vies. Tous les humains ne se valent pas, et à travers ce roman qui fait se confronter différentes races, c'est une preuve indéniable. Les thèmes de la différence, de la tolérance et de l'acceptation de qui nous sommes sont évidemment très marqués, ainsi que celui de la peur, qui empêche finalement certains personnages de se rebeller. La liberté a un prix, et ce prix est le combat que les personnages doivent mener pour leur propre bien mais aussi pour celui de la planète.

Ce roman a été un coup de cœur, et je félicite Oxanna pour l'avoir si bien écrit, d'autant plus qu'elle s'est bien documentée pour rendre son histoire crédible. 
Je lirai la suite avec plaisir.

jeudi 2 mars 2017

Le Printemps de l'imaginaire francophone



Je tiens à vous parler d'un challenge auquel je participe avec grand plaisir, appréciant énormément l'initiative du site Monde Fantasy, dont vous pouvez retrouver le principe ici.

Si j'apprécie cette initiative, c'est parce que je trouve également que la littérature de l'imaginaire, notamment en France, a besoin d'être soutenue car injustement mal vue. Je ne sais pas ce qui est à l'origine de ces idées reçues, mais il serait temps que la société se creuse la tête et voit plus loin que le bout de son nez. Quelle que soit la nationalité, on peut trouver de belles lectures, de tout horizon et de tout genre. 
Les petites et moyennes maisons d'édition francophone sont la preuve que l'imaginaire n'est pas réservé qu'aux anglos-saxons, j'en ai moi-même la preuve. L'écriture est une affaire de passion, d'envie, et à partir de là, le talent suit, quand on s'en donne les moyens. Il est donc primordial d'être ouvert d'esprit et curieux, sans quoi l'on peut passer à côté de très belles œuvres.

J'avais fait une liste prévisionnelle (que je commencerais la semaine prochaine, ayant un SP et un roman à terminer), mais je pense bien que celle-ci va quelque peut changer. Au départ, ma liste était celle-ci :

 




 
















Mais après un magnifique livre que je viens de recevoir (et que j'attendais avec grande impatience), à savoir Ronces Blanches et Roses Rouges de Laetitia Arnould (Magic Mirror éditions, à qui je souhaite beaucoup de réussite, ainsi qu'à son auteure), ma liste définitive va être celle-ci :




Étant inscrit en tant que Scientifique Fou (au moins 6 livres à lire de mars à juin), le challenge va être intéressant ! 
Cela dit, si je parviens à lire les 6 livres en question avant la fin, je lirais sans doute en plus les 3 autres faisant partie de la liste précédente, donc pas d'inquiétude pour les autres ME (enfin Plume Blanche il y en aura déjà un sur deux^^) !

Je remercie encore Monde Fantasy pour ce très beau challenge, qui est une belle manière de promouvoir les petites et moyennes ME (auteur(e)s associé(e)s), ainsi que les auteur(e)s auto-édité(e)s. Tous en ont grandement besoin.

dimanche 5 février 2017

Destinés tome 1 - Un nouveau départ



Synopsis :


Lénia vit dans un monde où toute mélodie est interdite – pire même, puisqu’elle y est considérée comme nocive ! La population vit donc depuis plus d’un siècle réfugiée sous des dômes insonorisés. Cependant, contrairement à ses semblables que cela n’a jamais empêchés de continuer à vivre normalement, la jeune adolescente se sent enfermée, prisonnière de cette vie tout autant que des dômes. Sa rencontre avec Tristan apporte enfin toute la lumière sur le mystère de ce mal-être, et Lénia découvre qui elle est vraiment.
Mais qui est cette ombre mystérieuse et sombre qui semble la suivre jusque dans ses cauchemars ? Et quel terrible secret cache-t-elle sous sa cape au revers de sang ?


Chronique :


Après un 1er coup de cœur avec Inalia, des éditions Mots en Flots, en voici un 2ème avec celui-ci, de la même maison !

Je suis immédiatement rentré dans l'histoire, charmé par la pertinence de l'intrigue, l'originalité et la construction de l'univers, ainsi que par les personnages et les thèmes abordés. 

Ce roman est à la fois triste, beau et émouvant. Les émotions sont très perceptibles, car Lucie, à travers une plume simple et très belle, parvient à faire ressentir une multitude d'émotions, la syntaxe et les dialogues étant très naturelles. Ses mots sont bien choisis, et les interactions entre les personnages n'en sont que plus belles. De ce fait, l'histoire s'en trouve très rythmée et addictive, sans pour autant laisser la place à l'action, la priorité étant l'histoire et les relations entre les personnages.  
Les sentiments retranscrits et développés ne sont pas mièvres, et si dans son contexte l'histoire peut paraitre adolescente, je la trouve pourtant plus mature que ça. Les personnages ont des réactions que nous aurions à tout âge, et veulent vraiment se battre pour une cause juste.
Ces derniers sont, pour la majorité, très attachants et bien construits. J'ai adoré Lenia, aimant beaucoup son caractère et sa façon d'être dans son ensemble. Bien sûr, elle n'est pas parfaite (heureusement) et commet des petites erreurs, mais elle se montre fréquemment réfléchie et avenante. Le fait qu'elle soit différente m'a touché, car elle n'est pas superficielle et est loin d'être cruche, en plus d'être une fille mystérieuse. Tristan est aussi un de mes préférés. Il m'est apparu très intrigant au début, et peu à peu, en apprenant à le connaitre, je me suis aperçu qu'il est très semblable à Lenia dans sa personnalité. À l'instar de cette dernière, c'est un personnage auquel je me suis assez identifié. J'ai vraiment apprécié qu'il n'incarne pas le cliché du bad boy (concept ô combien énervant). Il a son caractère, mais il l'assume, il est lui-même tout simplement.

L'univers développé par Lucie est vraiment intéressant et original. L'identité et les constructions géographiques sont vraiment bien trouvées, et même si l'idée des dômes n'est pas nouvelle, Lucie a su leur donner une certaine particularité, car elle concerne la musique et ses effets. Si au début je n'ai pas trouvé l'aspect dystopique très prononcé, il s'intensifie au fur et à mesure des événements et des révélations, certaines de ces dernières étant plutôt inattendues. Cela confère au récit une tension sous-jacente, mettant en exergue les doutes et interrogations des personnages à l'égard de ce monde technologiquement avancé, mais aussi de leurs origines.

Les propos et thèmes avancés sont très pertinents et palpables émotionnellement. Imaginer un monde sans musique, où celle-ci serait néfaste, m'est tout simplement impossible et insupportable. Lucie fait très bien comprendre, à travers ses messages, l'importance de la musique dans ce monde, toutes les émotions et le bonheur indescriptibles qu'elle véhicule. Le passé et le futur s'entrecroisent, nous faisant réfléchir sur la vitalité des belles choses qui nous entoure, particulièrement la nature et la musique, qui finalement sont indissociables. Je trouve qu'il y a également un côté espionnage dans cette histoire, de par l'effet de contrôle et surveillance de masse, ce qui la rend très actuelle tout en étant futuriste. Il y a aussi pour moi une allusion à l'alchimie et à la relativité (rien de métaphysique là-dedans), me faisant dire qu'amour et musique sont liés, car véhiculant des émotions et sentiments provenant du cœur, où la raison n'a pas sa place.

La fin est très belle. Si elle sous-entend que le combat continue, elle recèle également de l'espoir, nous disant que malgré les mauvaises choses auxquelles nous sommes confrontés, nous sommes plus forts si nous les affrontons ensemble.

PS : les musiques répertoriées sont un bonheur pour les oreilles.