lundi 2 avril 2018

Lucy et le royaume des morts



Synopsis :



La silhouette se rapprochait lentement. À chaque pas, son image nous apparaissait un peu plus nette. Il s’agissait d’un personnage mesurant pas loin de deux mètres, vêtu d’une cape noire dont la capuche masquait la totalité du visage. Il avait une démarche incertaine, voire chancelante, un peu comme s’il n’avait plus marché depuis des lustres et redécouvrait peu à peu d’anciens automatismes.

Soudain, la lune perça à travers le feuillage dense au-dessus de nos têtes et vint éclairer notre visiteur imprévu. Nous fîmes tous les trois un fantastique bond en arrière, trop terrifiés pour même parvenir à hurler de peur. Les rayons venaient de nous dévoiler un visage creusé, sale et entièrement dépourvu de chair.

Devant nous, se tenait un authentique squelette.


Chronique :



J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman.

L'ambiance, à la fois gothique et médiévale, est immersive. Les lieux et décors sont décrits avec le minimum d'informations, mais toujours avec soin, car l'auteur fait en sorte de les rendre chaleureux et d'y inclure une belle nostalgie.
Je me suis fréquemment retrouvé en enfance, à travers les différents événements parsemant l'histoire. Celle-ci est telle une ode à notre âme d'enfant, où l'on se plait à faire des blagues lors d'Halloween ou lorsque l'on s'émerveille des lieux visités, avec l'innocence et la stupéfaction qui nous caractérisent.

Si la plupart des éléments incluent n'ont rien de nouveau, l'auteur en a pourtant construit quelques-uns avec une certaine originalité. Le tout se tient dans une intrigue cohérente qui respire la jeunesse et les souvenirs. Il a aussi transposé une temporalité pour le moins amusante qui n'a pas été pour me déplaire. 

Les personnages sont pour la majorité plaisants à suivre. Contrairement à ce que j'ai pu lire auparavant, je ne trouve pas que Lucy soit mise en retrait. Au contraire, il m'est apparu judicieux que les deux autres personnages l'accompagnant aient également un rôle important à jouer, car ils n'en sont que plus complémentaires. 
Leur personnalité se révèle d'ailleurs plus inattendue qu'il n'y parait, chacun révélant plus ou moins des facettes insoupçonnées, notamment Randall, qui est l'un de mes préférés.
Aussi, l'humour des personnages est distillé avec subtilité, l'auteur n'en faisant jamais trop. Mais lorsqu'il arrive, ça fait mouche.
Par ailleurs, ce que je regrette, c'est que certains personnages, pour le moins hilarants, soient peu développés ou peu présents. J'espère de ce fait qu'ils le seront davantage dans le prochain tome.

L'histoire reste accrocheuse et l'écriture suffisamment fluide tout le long du roman. Si l'intrigue donne cette impression de légèreté, sans prise de tête, elle n'est pas dénuée d'une certaine morale, même si celle-ci n'est pas très développée. Les valeurs telles que l'amitié et le sens du sacrifice se font ressentir, de même que l'importance des souvenirs et des liens nous y rattachant, entre autres choses.

Sans être un coup de cœur, Lucy est le royaume des morts a néanmoins été une lecture très divertissante, et j'ai bon espoir que le second tome voit le jour, car l'auteur a encore des choses à raconter.

lundi 19 mars 2018

Sans raison apparente



Synopsis :


Après un parcours classique, Rachel est devenue une épouse modèle. Terne, fatiguée, elle sur(vit) et s'efforce péniblement de suivre les traces de sa mère, bourgeoise fortunée de la banlieue de Washington D.C. Jusqu'au jour où cette dernière se suicide. Sans raison apparente. Sa mort, l'enterrement, le défilé des oiseaux noirs, la jeune femme les subit dans un état second, comme au spectacle. Elle passe une journée à errer dans la maison parentale, se rend compte que sa mère n'a laissé aucune trace - comme si cette dernière n'avait jamais existé. Sur le chemin du retour, Rachel voit des chevaux dans un champ. L'un d'eux, un grand palomino, se cabre au moment où la voiture les dépasse. Cela lui rappelle un rêve inachevé. Un rêve de voyage et de liberté.


Chronique :


Sans raison apparente est un roman touchant et dur à la fois. Il met en scène une femme meurtrie par la vie, cherchant à reprendre un second souffle et voulant enfin pouvoir être elle-même. Les thèmes, dramatiques en eux-mêmes, sont relatés avec beaucoup d'introspection, tels un journal intime. Mais l'histoire sait aussi se faire plus légère par moments, prenant des aspects quelque peu aventureux, mais toujours dans une ambiance intimiste.
À la manière d'un road-trip, il se dégage un sentiment de légèreté à travers les paysages traversés par les personnages de Rachel et Djinn. Ensemble, ils parcourent différents lieux, font diverses rencontres... L'ensemble a des allures de voyage initiatique, mais le côté spirituel y est sous-jacent, la psychologie humaine proprement dite étant beaucoup plus explicite.

J'ai aimé cette histoire. Elle aborde la relation entre une femme et son cheval de manière intimiste, même si davantage de moments de ce genre auraient été appréciables, car même si j'ai ressenti cette alchimie qui finit par les lier, elle n'est pas suffisamment exploitée selon moi. Le récit tourne davantage autour des pérégrinations de Rachel et de ses divers questionnements qu'à la relation qui la lie à Djinn et donc au développement de celle-ci. Le thème de la reconstruction est donc présent, mais construit au final sous un angle plus personnel que fusionnel, même si ce dernier aspect se fait pourtant ressentir.

Le récit m'a parfois donné l'impression de ne pas trop avancer, de tourner en rond même, mais cela s'explique en partie par les interrogations du personnage, dont la psychologie est travaillée. Ce qu'elle a vécu peut parler à tout le monde, et l'auteure l'aborde d'une manière réaliste, sans fioritures. À travers l'histoire de Rachel, l'auteure fait comprendre qu'aussi grave que puisse être le drame, il y a toujours un moyen de rebondir et d'aller de l'avant, mais cela ne peut pas se faire tout seul. Elle montre aussi que certaines choses ne s'expliquent pas, qu'il s'agisse des rencontres inattendues et révélatrices que nous faisons, ou des agissements incompréhensibles de certaines personnes.
Charlotte Bousquet dresse un portrait pour le moins acerbe et complexe des relations familiales (notamment mère-fille), à travers le masque de faux-semblants et de préjugés dont elles se parent, juste pour faire bonne figure envers la société et sa morale conservatrice et étriquée. 
Mais elle évoque aussi le mal-être à ne pouvoir être soi-même, à cause de l'influence familiale, cette dernière ne faisant que projeter sur l'autre sa propre lâcheté et faiblesse.

Mais au travers de cette relation entre Rachel et Djinn, il en ressort le constat qu'un animal est beaucoup plus compréhensif et instinctif qu'un humain, ne connaissant pas les notions de trahison et d'abandon égoïste. Les moments qu'ils partagent sont ceux que j'ai préféré, car ils reflètent ce que le roman finit par symboliser : la fusion, la liberté d'être enfin soi-même, le rêve accompli, la reconstruction et régénération de deux êtres ayant fini par se comprendre mutuellement au gré de leurs voyages.
Ce qui me fait dire que cette histoire a quelque chose de très personnelle pour l'auteure, cela se ressent clairement.

Sans raison apparente est donc un roman introspectif qui apporte son lot de leçons de vie, mais certains éléments évoqués plus haut auraient mérités d'être davantage travaillés et exploités.

mercredi 1 novembre 2017

Athnuachan tome 1 - l'Académie



Synopsis :


Sélène est née dans un monde de traditions, de superstitions et de vieilles rancunes. Ces croyances lui sont inculquées alors qu'elle est choisie pour devenir une Guerrière, une protectrice de Mór-roinn, celles qu’elle a toujours traitées de harpies.
Ses doutes demeurent alors qu’elle se rend compte que l’apprentissage de la magie lui vient moins facilement que pour ses camarades.
Malgré tout, Sélène se découvre une nouvelle famille en ces femmes qu’elle avait depuis toujours appris à détester... mais aussi une différence qui pourrait bien remettre tout en question.


Chronique :


Athnuachan est le premier roman de Cyrielle, et autant dire que cette dernière m'apparait prometteuse. 

Mêlant la Fantasy et le post-apocalyptique, l'intrigue du roman est vraiment plaisante à suivre. Si le début se déroule d'une manière conventionnelle, j'entends par-là que l'héroïne est envoyée dans une académie pour y apprendre la magie et les rudiments du combat, entre autres, l'histoire s'est révélée toujours plus intrigante et palpitante au fur et à mesure de mon avancée. 

J'ai beaucoup apprécié l'originalité dont l'auteure a fait preuve dans le traitement de la magie et des dragons. Si la forme est classique, le fond lui, ne l'est pas. L'auteure a crée un univers plus vaste et riche qu'il n'y parait, tout en y mêlant une Histoire pertinente et faisant passer des messages importants, car faisant écho à notre propre monde. Preuve en est qu'il y a toujours moyen de prendre des thèmes connus à contre-pied et de les modeler de sorte à forger une identité propre à l'histoire créée.

Je me suis peu à peu plongé dans l'histoire, le début m'apparaissant un peu long par moments car très ancré dans le quotidien à l'académie, mais cela a aussi été une force, puisque l'auteure a pris son temps pour poser les bases de l'intrigue et faire se dérouler les événements pas à pas. De ce fait, la psychologie des personnages et leurs interactions sont bien travaillées, et j'ai apprécié chacun d'entre eux, ayant tous une personnalité propre et des réactions en adéquation avec celle-ci.
Sélène est un personnage qui m'a beaucoup plu. J'ai aimé sa morale et ses questionnements quant à l'importance de la nature, mais aussi au sens de la guerre. En contrepartie, son impulsivité la rend imparfaite, mais ça n'en est que mieux, car une personne parfaite n'existe pas. 

Si j'ai pu deviner certains événements et comment l'histoire allait se finir, l'auteure parvient néanmoins à maintenir l'intérêt de l'histoire en insérant un mystère palpable autour des liens entre certains personnages et leurs origines. 

L'Écriture de Cyrielle est bien maitrisée, car j'ai ressenti une certaine émotion dans des passages clés, et ses dialogues sont bien construits. De même, la description de l'univers, des paysages, ainsi que des scènes de combat et de magie se fait imagée. 

Un petit bémol (heureusement sans incidence) m'a néanmoins titillé : l'absence de temporalité. Je n'avais aucune idée sur le nombre d'années écoulées, ou même l'âge des personnages. Arrivé à un chapitre précis, j'avais eu l'impression d'avoir été projeté quelques années plus tard dans l'intrigue, et ce sans m'en rendre compte. 

Cela étant dit, j'ai apprécié ce retour à l'ancienne civilisation, où les technologies ne sont plus et où la nature a repris ses droits. J'aurais d'ailleurs aimé davantage de passages concernant le fait que l'humain a bafoué des inventions de personnes ayant marqué l'histoire, au profit de son propre intérêt et de sa volonté de s'imposer au mépris de tout. J'espère de ce fait, à titre personnel, que le tome 2 contiendra davantage de passages pertinents à ce propos.

Athnuachan est un premier roman très abouti, l'auteure ayant fourni un travail de documentation qui prouve son implication et sa passion, notamment en ce qui concerne la mythologie celtique. Les noms des personnages n'ont pas été choisis au hasard, témoignage de la cohérence de Cyrielle dans la construction de son roman.

Je suis maintenant curieux de découvrir le 2ème tome, car je suis persuadé que cette œuvre mystérieuse a encore bien d'autres qualités à faire valoir.

dimanche 17 septembre 2017

La Sublime Communauté - Les Affamés



Synopsis :


C'est la fin de notre ère. Aux quatre coins d'une planète surpeuplée et en pleine dévastation, six mystérieuses Portes apparaissent, ouvrant des brèches vers des mondes inconnus. En quête d'une terre promise, fuyant la misère et la mort, des flux d'hommes, de femmes et d'enfants désespérés, les « Affamés », se pressent aveuglément vers ces Six Mondes, ignorant tout à leur sujet. 
Quels secrets renferment ces Portes ? Quel mal ronge les Affamés ? Quelle est la nature des Six Mondes ? En ces temps de détresse où la violence et le chacun-pour-soi font rage, seuls trois enfants pourront le découvrir. Ashoka, Ekian et Tupà ne se connaissent pas, vivent à des milliers kilomètres de distance. Pourtant, leurs destins sont liés. De leur union dépendra le sort de la Sublime Communauté. 


Chronique :


Je dois dire qu'au départ, j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire. Je trouvais pourtant le contexte intrigant et même très mystérieux : celui d'un monde en décomposition, dont on ignore la cause. Mais ce qui m'a gêné au départ résultait dans le fait que les personnages ne m'avaient pas l'air d'être au fait de la situation. J'avais davantage l'impression de suivre trois adolescents dans une quête initiatique, chacun dans leur coin, alors que le monde autour d'eux n'était que chaos. Pour schématiser, le scénario m'apparaissait bon, mais la mise en scène moins.

Cela dit, au-delà des 100 pages, j'ai bien plus apprécié ma lecture. J'ai compris à quoi rimait ce semblant de quête initiatique, pourquoi les personnages devaient subir cela. Pour ces derniers, je n'ai malheureusement pas su m'attacher à eux, alors que paradoxalement ils ne sont pas mauvais. Je crois que la manière dont les événements se sont enchainés entre eux ne m'a pas convenu pour que je puisse ressentir pleinement des émotions à leur égard. Ashoka est celui qui m'a le moins plu. Je l'ai en fait trouvé plus lisse qu'Ekian et Tupa. Ce dernier a eu ma préférence. Je l'ai trouvé plus réactif, plus caractériel, celui cherchant le plus à comprendre le pourquoi du comment quant aux événements ravageant le monde et à l'histoire des Portes.

L'univers que propose l'auteur est plutôt original mais surtout très mystérieux, voire même mystique. Les créatures rencontrées sont certes connues, mais elles apportent un élément fantastique se révélant cohérent au fur et à mesure de l'avancement du récit. 
J'ai surtout apprécié le travail de documentation de l'auteure, ainsi que son style d'écriture. Celui-ci se marie très bien à la sensation de voyage que l'auteure nous offre. Bien qu'estampillé jeunesse, le vocabulaire est en fait mature, mais sans être complexe. Quant à la documentation, ce qui m'a vraiment plu réside dans la richesse culturelle du roman. J'ai voyagé aux quatre coins du monde, fais connaissance avec différents dialectes et cultures, ce qui est vraiment appréciable. En cela, le travail abouti de l'auteure mérite d'être souligné.

Vers la fin de l'histoire, les choses se sont vraiment éclaircies quant aux origines des personnages, le tout se construisant brique par brique. 
Finalement, ce qui m'a gêné au début prend sa conclusion à la fin de la lecture : ce tome est très introductif, le cadre met pas mal de temps à se poser, et j'avais cette impression qu'il ne se passait pas grand-chose, que l'histoire n'avançait pas. J'aime pourtant quand un roman prend le temps de poser le cadre de son récit, mais là ça me paraissait un peu trop. De même, si les personnages, en même temps que le lecteur, cherchent à savoir ce que sont ces Portes, j'aurais aimé davantage d'explications quant à ce qui a causé ce chaos dans le monde, bien que certains éléments permettent plus ou moins de le comprendre. J'ai trouvé qu'à ce niveau-là, l'histoire effleurait à peine la surface.

Cela étant dit, ce 1er tome a finalement été une bonne lecture. Je pensais tout de même qu'il allait se passer davantage de choses, même pour un tome introductif. En contrepartie, les réflexions quant au monde et à la société sont plutôt pertinentes, bien que très pessimistes. Je ne doute pas que cette histoire pourrait révéler de bonnes surprises, et qu'il y a encore beaucoup à apprendre de celle-ci.

vendredi 11 août 2017

La Mythologie Viking



Synopsis :


L’univers de Neil Gaiman est nourri par les légendes nordiques. Il revient à ses sources et nous raconte enfin la grande saga des dieux scandinaves qui l’ont inspiré pour son chef d’oeuvre American Gods. De la genèse des neuf mondes au crépuscule des dieux et l’ère des hommes, ils reprennent vie : Odin, le plus puissant des dieux, sage, courageux et rusé ; Thor, son fils, incroyablement fort mais tumultueux ; Loki fils d’un géant et frère d’Odin, escroc et manipulateur inégalable… Fières, impulsives et passionnées, ces divinités mythiques nous livrent enfin ici leur passionnante – et très humaine – histoire.


Chronique :


Étant passionné par la mythologie nordique, je me suis plongé dans ce livre avec un immense plaisir. J'ai retrouvé avec bonheur les personnages qui me sont chers : Loki, Fenrir, Thor ou encore Jörmungand, pour un grand moment d'évasion.

Neil Gaiman retranscrit fidèlement les événements les plus importants de la mythologie Scandinave, relatant l'histoire des dieux en partant de la création du monde jusqu'au Ragnarök. Je dois dire en cela que son introduction, où il explique son amour des mythes nordiques et de quels textes il s'est inspirés, est très bien pensée. De plus, la description des neufs mondes est à la fois magnifique et effrayante.

Connaissant la mythologie Scandinave dans ses grandes lignes, je n'ai rien appris de nouveau. Si certains éléments manquent à l'appel, l'auteur a néanmoins eu la présence d'esprit d'approfondir certains pans de l'histoire, permettant de palier ce dit manque. J'ai particulièrement adoré la partie relatant les noces de Freya, où l'auteur pare son récit d'un humour pour le moins caustique, me faisant rire à plusieurs reprises.

Je me suis délecté de cet ouvrage, le livre ayant un très bon rythme et se lisant tel un conte. Toutes les parties demeurent très intéressantes, l'auteur mettant très bien en scène les différents personnages, à travers des interactions ne manquant pas d'intérêt. Si l'émotion manque à certains moments, l'auteur n'oublie pas pour autant d'approfondir un minimum la psychologie des dieux, en particulier Loki. Ce dernier est dépeint avec la complexité et l'ambivalence qui le caractérisent, apparaissant tour à tour bon et mauvais, admirable et méprisable.
À travers lui, la vulnérabilité et l'hypocrisie des dieux eux-mêmes y sont révélées. Ils apparaissent tous humains et faillibles.

À l'instar de La malédiction de l'anneau, d'Édouard Brasey, l'ensemble est riche d'enseignements. La mythologie nordique est à mon sens la plus humaine qui soit, car elle permet de mettre en exergue la question de la mortalité et de la liberté (entre autres choses), les dieux n'étant pas touts-puissants. De même, elle fait prendre conscience que tout ce qui a une fin a aussi une renaissance, ce qui renforce le parallèle avec notre monde et son cycle éternel.

Si l'auteur abuse parfois d'un certain embellissement à l'égard de certains dieux, entrainant de ce fait quelques répétitions, l'ensemble demeure très bien écrit et raconté, à défaut d'être original ou audacieux.

Pouvant très bien convenir aux néophytes comme aux passionnés, ce livre permet de replonger avec bonheur dans cette fabuleuse mythologie. Pour ma part, ce fût un coup de cœur, même si j'ai le sentiment que le livre aurait pu être encore plus long et plus épique. 

mardi 18 juillet 2017

Les ombres s'amusent



Synopsis :


Seriez-vous prêt à suivre la voix qui s’élève du deuxième sous-sol ?
Louie avait un beau destin tout tracé.
Mais, c’était sans compter sur ce camion roulant si vite… un dimanche sur l’autoroute A411 !
Sur sa Harley, il pensait être invincible, mais il n’était qu’invisible…
Entre ses séances de rééducation et ses rendez-vous avec la psychologue, il explore les sous-sols de l’institut et y découvre une porte bleue.
Que se passe-t-il lorsque la porte se referme sur lui ?
Laissez-vous emporter par cette nouvelle originale et endiablée.


Chronique :


J'ai trouvé cette nouvelle vraiment sympa. Sylvie y instaure un bon suspense et une ambiance oppressante, qui donne sans cesse envie de continuer pour savoir ce qu'il va se passer. 
Malgré de légères coquilles (très peu nombreuses), Sylvie écrit d'une manière suffisamment limpide pour captiver, ce qui ne m'a pas freiné.

Les quelques personnages (qui peuvent se compter sur les doigts d'une main) se révèlent à la fois touchants et intrigants. J'ai ressenti de la peine pour le sort de Louie, qui malheureusement s'est retrouvé face à son funeste destin, un accident qui lui a coûté cher. J'ai apprécié le fait qu'il ne s'apitoie pas sur son sort, bien qu'il éprouve tout de même des remords et souhaiterait évidemment qu'un miracle se produise. 
Étant écrite à la 1ère personne, l'intrigue se concentre sur son quotidien, Sylvie évoquant le handicap avec subtilité. Le fait qu'elle ne fasse pas dans le larmoyant est quelque chose que j'ai beaucoup apprécié.
Le personnage de Violette, à défaut de m'avoir touché, m'a surtout intrigué. J'ai eu, tout le long de l'histoire, du mal à la cerner. Je me suis souvent dit qu'elle doit cacher quelque chose, malgré sa bienveillance.

Les qualités de cette nouvelle sont clairement le rythme et l'ambiance froide qui y est distillée. Étant très rapide à lire, je tournais les pages avec avidité, car l'élément clé de cette histoire est bien le mystère. Sylvie démontre que la frontière entre la réalité et la folie (et parallèlement le rêve) peut être bien mince. Cette pièce est-elle une illusion ? Reflète-t-elle les souhaits des personnages ? Des questions qui trouveront un semblant de réponse dans une fin sombre et inéluctable.

Étant sous forme de hui-clos, j'aurais aimé davantage de développement concernant les quelques personnages. Mais vu son petit nombre de pages, cette nouvelle est forcément elliptique. En contrepartie, cela fait travailler l'imagination et la réflexion.

À travers cette nouvelle originale et rythmée, Sylvie a voulu montrer, je pense, l'attirance imperceptible de l'humain pour l'inexplicable. De ce fait, la curiosité n'est pas toujours bonne si celle-ci est poussée trop loin. 

Une nouvelle agréable à lire, dont l'effet de surprise demeure un des éléments les plus forts de l'intrigue.

jeudi 13 juillet 2017

Aeternam Opera - L'Opéra des Errants



Synopsis :


Poussez la porte d'Aeternam Opera et entrez dans un lieu romantique et fantastique où les arts côtoient une magie aussi terrifiante qu'envoûtante...
Au cours d’une nuit mystérieuse, Gabriel, un artiste maladroit et rêveur, s’égare dans Montmartre. Le quartier où il errait et qu’il croyait bien connaître vient subitement de changer. Tout y respire la magie et paraît hors du temps… Désorienté, le jeune homme entre par inadvertance dans un opéra féérique et fastueux qui court sous toute la capitale : AEternam Opera. Accueilli par un mannequin de cire parlant, Gabriel découvrira rapidement qu’il est prisonnier des lieux et qu’il peut l’être pour l’éternité, à moins de retrouver l’illustre Sweeteldy Cat… Il fera la connaissance des Errants qui peuplent l’opéra, comme la fascinante Ballerine et l’élégant Maraudeur. Et pour quitter leur prison dorée, ils devront ensemble percer les mystères de l’opéra et échapper à la vigilance d’un vieil homme fou qui ne pense qu’à rayer des noms sur une liste.


Chronique :


Aeternam Opera est un roman original et enchanteur à bien des égards !

Tout commence d’une manière mystérieuse, tel un conte de Noël. L’ambiance de la butte Montmartre y est très bien décrite, avec ses décors illuminés, son charme baroque… Puis soudainement, tout prend une tournure inattendue. J’étais aussi perdu que le personnage principal, Gabriel, allant au fur et à mesure d’interrogations en découvertes.

Laetitia prend suffisamment de temps pour poser son univers, installant une ambiance à la fois énigmatique et feutrée. La découverte de l’opéra est une merveille en soi… À la manière d’un cirque ou d’un théâtre, j’entrais dans un lieu mystérieux et magique, avec l’intention permanente d’en découvrir chaque recoin. Laetitia y insert pourtant une atmosphère inquiétante, incitant le lecteur à rester sur ses gardes malgré l’émerveillement du lieu. Elle montre de ce fait l’envers du décor, prouvant que les belles choses peuvent être dangereuses.

Les personnages qui ornent le roman sont touchants, atypiques et bien développés psychologiquement pour la majorité. Si au début j’étais pourtant distant à leur égard, je me suis peu à peu attaché à certains d’entre eux au fil de l’histoire. Laetitia est parvenue à leur donner une sensibilité et un vécu qui ne peuvent laisser indifférent.
Je ne vais pas m’étendre, mais je tiens à dire tout de même que Julien est celui qui m’a le plus touché de par sa personnalité et son côté atypique. À travers son vécu, Laetitia dénonce la nature humaine sur fond d’un événement historique ayant marqué la France. Mais en contrepartie, elle fait part de son attachement à la famille, qui se ressent, car elle y accorde une grande importance. Julien est pour moi l’un des personnages les plus intéressants du roman.  
Je constate également que Laetitia a cette capacité de rendre ses méchants énigmatiques et nuancés malgré leur cruauté. Je pense qu’à travers l’un d’eux, Laetitia a voulu montrer que ce qui peut rendre une personne cruelle, provient de ses propres émotions, et ce de manière successive. Le manque de reconnaissance voire d’affection en sont la cause.
Pour finir sur les personnages, le petit bémol est qu’ils se laissent parfois distraire, au détriment de leur mission. Heureusement, certains savent réagir de la bonne manière, l’intrigue repartant du bond pied.

Le plus marquant dans ce roman, à mes yeux, est l’univers en lui-même, ainsi que la construction de l’intrigue.
J’ai eu cette magnifique sensation de me trouver dans un labyrinthe aux allures de théâtre et de cirque, d’une constitution baroque, où se mêlent divers arts tous plus beaux les uns que les autres. J’ai étrangement imaginé le Moulin-Rouge, dans son effervescence du spectacle et ses jeux de lumière… Laetitia a, en quelques lignes, ce don d’émerveiller à la fois les yeux et l’imagination, par sa description minutieuse des lieux et de leur magie.
Son tour de force a été de faire de cette histoire un huit-clos découpé en plusieurs actes, telle une pièce de théâtre. Elle est parvenue à la rendre prenante de bout en bout, en y insérant un bon suspense et des rebondissements surprenants. Si je me doutais de ce qui allait se passer dans certains passages, je ne savais pas forcément quand ni de quelle façon. En cela, Laetitia a su tirer son épingle du jeu, au travers d’une écriture poétique, très bien construite et finement imagée, finissant de parfaite ce tableau proprement enchanteur. Elle n’oublie pas non plus de mettre en scène quelques situations loufoques, voire burlesques, reflétant le comique de situation et de mots, ce qui m’a fait rire.

J’ai grandement aimé l’originalité de Laetitia dans sa manière d’aborder les qualités et les défauts, comme une façon de sous-entendre que certaines personnes ont des capacités particulières qui leurs sont propres, et dont elles doivent prendre conscience. Je le ressens comme une manière déguisée de dire que ce qui rend une personne à part, de par ses capacités ou sa psychologie, ne doit pas être vu comme néfaste. De même, cela sonne comme un appel à la tolérance et à la compréhension, car les personnages sont en quelque sorte des marginaux, étant incompris du fait de leur différence.

Aeternam Opera est une œuvre-d’art, une fresque artistique singulière, cohérente, mêlant le fantastique à la mythologie, sur fond de monde parallèle et de temporalité. C’est une histoire féerique (pas dans le sens classique du terme), qui laisse place à l’émerveillement, comme pour nous rappeler qu’il faut savoir apprécier les beaux instants, s’en délecter.
Cet Opéra, aux allures d’éternité, est un coup de cœur !