mardi 18 juillet 2017

Les ombres s'amusent



Synopsis :


Seriez-vous prêt à suivre la voix qui s’élève du deuxième sous-sol ?
Louie avait un beau destin tout tracé.
Mais, c’était sans compter sur ce camion roulant si vite… un dimanche sur l’autoroute A411 !
Sur sa Harley, il pensait être invincible, mais il n’était qu’invisible…
Entre ses séances de rééducation et ses rendez-vous avec la psychologue, il explore les sous-sols de l’institut et y découvre une porte bleue.
Que se passe-t-il lorsque la porte se referme sur lui ?
Laissez-vous emporter par cette nouvelle originale et endiablée.


Chronique :


J'ai trouvé cette nouvelle vraiment sympa. Sylvie y instaure un bon suspense et une ambiance oppressante, qui donne sans cesse envie de continuer pour savoir ce qu'il va se passer. 
Malgré quelques coquilles non-négligeables, Sylvie écrit d'une manière suffisamment limpide pour captiver, ce qui ne m'a pas freiné.

Les quelques personnages (qui peuvent se compter sur les doigts d'une main) se révèlent à la fois touchants et intrigants. J'ai ressenti de la peine pour le sort de Louie, qui malheureusement s'est retrouvé face à son funeste destin, un accident qui lui a coûté cher. J'ai apprécié le fait qu'il ne s'apitoie pas sur son sort, bien qu'il éprouve tout de même des remords et souhaiterait évidemment qu'un miracle se produise. 
Étant écrite à la 1ère personne, l'intrigue se concentre sur son quotidien, Sylvie évoquant le handicap avec subtilité. Le fait qu'elle ne fasse pas dans le larmoyant est quelque chose que j'ai beaucoup apprécié.
Le personnage de Violette, à défaut de m'avoir touché, m'a surtout intrigué. J'ai eu, tout le long de l'histoire, du mal à la cerner. Je me suis souvent dit qu'elle doit cacher quelque chose, malgré sa bienveillance.

Les qualités de cette nouvelle sont clairement le rythme et l'ambiance froide qui y est distillée. Étant très rapide à lire, je tournais les pages avec avidité, car l'élément clé de cette histoire est bien le mystère. Sylvie démontre que la frontière entre la réalité et la folie (et parallèlement le rêve) peut être bien mince. Cette pièce est-elle une illusion ? Reflète-t-elle les souhaits des personnages ? Des questions qui trouveront un semblant de réponse dans une fin sombre et inéluctable.

Étant sous forme de hui-clos, j'aurais aimé davantage de développement concernant les quelques personnages. Mais vu son petit nombre de pages, cette nouvelle est forcément elliptique. En contrepartie, cela fait travailler l'imagination et la réflexion.

À travers cette nouvelle originale et rythmée, Sylvie a voulu montrer, je pense, l'attirance imperceptible de l'humain pour l'inexplicable. De ce fait, la curiosité n'est pas toujours bonne si celle-ci est poussée trop loin. 

Une nouvelle agréable à lire, dont l'effet de surprise demeure un des éléments les plus forts de l'intrigue.

jeudi 13 juillet 2017

Aeternam Opera - L'Opéra des Errants



Synopsis :


Poussez la porte d'Aeternam Opera et entrez dans un lieu romantique et fantastique où les arts côtoient une magie aussi terrifiante qu'envoûtante...
Au cours d’une nuit mystérieuse, Gabriel, un artiste maladroit et rêveur, s’égare dans Montmartre. Le quartier où il errait et qu’il croyait bien connaître vient subitement de changer. Tout y respire la magie et paraît hors du temps… Désorienté, le jeune homme entre par inadvertance dans un opéra féérique et fastueux qui court sous toute la capitale : AEternam Opera. Accueilli par un mannequin de cire parlant, Gabriel découvrira rapidement qu’il est prisonnier des lieux et qu’il peut l’être pour l’éternité, à moins de retrouver l’illustre Sweeteldy Cat… Il fera la connaissance des Errants qui peuplent l’opéra, comme la fascinante Ballerine et l’élégant Maraudeur. Et pour quitter leur prison dorée, ils devront ensemble percer les mystères de l’opéra et échapper à la vigilance d’un vieil homme fou qui ne pense qu’à rayer des noms sur une liste.


Chronique :


Aeternam Opera est un roman original et enchanteur à bien des égards !

Tout commence d’une manière mystérieuse, tel un conte de Noël. L’ambiance de la butte Montmartre y est très bien décrite, avec ses décors illuminés, son charme baroque… Puis soudainement, tout prend une tournure inattendue. J’étais aussi perdu que le personnage principal, Gabriel, allant au fur et à mesure d’interrogations en découvertes.

Laetitia prend suffisamment de temps pour poser son univers, installant une ambiance à la fois énigmatique et feutrée. La découverte de l’opéra est une merveille en soi… À la manière d’un cirque ou d’un théâtre, j’entrais dans un lieu mystérieux et magique, avec l’intention permanente d’en découvrir chaque recoin. Laetitia y insert pourtant une atmosphère inquiétante, incitant le lecteur à rester sur ses gardes malgré l’émerveillement du lieu. Elle montre de ce fait l’envers du décor, prouvant que les belles choses peuvent être dangereuses.

Les personnages qui ornent le roman sont touchants, atypiques et bien développés psychologiquement pour la majorité. Si au début j’étais pourtant distant à leur égard, je me suis peu à peu attaché à certains d’entre eux au fil de l’histoire. Laetitia est parvenue à leur donner une sensibilité et un vécu qui ne peuvent laisser indifférent.
Je ne vais pas m’étendre, mais je tiens à dire tout de même que Julien est celui qui m’a le plus touché de par sa personnalité et son côté atypique. À travers son vécu, Laetitia dénonce la nature humaine sur fond d’un événement historique ayant marqué la France. Mais en contrepartie, elle fait part de son attachement à la famille, qui se ressent, car elle y accorde une grande importance. Julien est pour moi l’un des personnages les plus intéressants du roman.  
Je constate également que Laetitia a cette capacité de rendre ses méchants énigmatiques et nuancés malgré leur cruauté. Je pense qu’à travers l’un d’eux, Laetitia a voulu montrer que ce qui peut rendre une personne cruelle, provient de ses propres émotions, et ce de manière successive. Le manque de reconnaissance voire d’affection en sont la cause.
Pour finir sur les personnages, le petit bémol est qu’ils se laissent parfois distraire, au détriment de leur mission. Heureusement, certains savent réagir de la bonne manière, l’intrigue repartant du bond pied.

Le plus marquant dans ce roman, à mes yeux, est l’univers en lui-même, ainsi que la construction de l’intrigue.
J’ai eu cette magnifique sensation de me trouver dans un labyrinthe aux allures de théâtre et de cirque, d’une constitution baroque, où se mêlent divers arts tous plus beaux les uns que les autres. J’ai étrangement imaginé le Moulin-Rouge, dans son effervescence du spectacle et ses jeux de lumière… Laetitia a, en quelques lignes, ce don d’émerveiller à la fois les yeux et l’imagination, par sa description minutieuse des lieux et de leur magie.
Son tour de force a été de faire de cette histoire un huit-clos découpé en plusieurs actes, telle une pièce de théâtre. Elle est parvenue à la rendre prenante de bout en bout, en y insérant un bon suspense et des rebondissements surprenants. Si je me doutais de ce qui allait se passer dans certains passages, je ne savais pas forcément quand ni de quelle façon. En cela, Laetitia a su tirer son épingle du jeu, au travers d’une écriture poétique, très bien construite et finement imagée, finissant de parfaite ce tableau proprement enchanteur. Elle n’oublie pas non plus de mettre en scène quelques situations loufoques, voire burlesques, reflétant le comique de situation et de mots, ce qui m’a fait rire.

J’ai grandement aimé l’originalité de Laetitia dans sa manière d’aborder les qualités et les défauts, comme une façon de sous-entendre que certaines personnes ont des capacités particulières qui leurs sont propres, et dont elles doivent prendre conscience. Je le ressens comme une manière déguisée de dire que ce qui rend une personne à part, de par ses capacités ou sa psychologie, ne doit pas être vu comme néfaste. De même, cela sonne comme un appel à la tolérance et à la compréhension, car les personnages sont en quelque sorte des marginaux, étant incompris du fait de leur différence.

Aeternam Opera est une œuvre-d’art, une fresque artistique singulière, cohérente, mêlant le fantastique à la mythologie, sur fond de monde parallèle et de temporalité. C’est une histoire féerique (pas dans le sens classique du terme), qui laisse place à l’émerveillement, comme pour nous rappeler qu’il faut savoir apprécier les beaux instants, s’en délecter.
Cet Opéra, aux allures d’éternité, est un coup de cœur !

samedi 1 juillet 2017

Lebenstunnel tome 2 - Chaos



Synopsis :


A présent, Krista a perdu ses alliés et ses repères. Elle est seule. Seule dans un univers qui est le sien et dont elle ne veut pourtant plus. Un pied dans chaque camp, elle ne sait plus qui elle est ni où elle doit aller pour découvrir la véritable personne qui se cache en elle. Une seule solution s’offre à elle désormais : quitter Germania. Mais que se trouve-t-il au-delà des limites de la ville ? Le monde entier est-il sous l’égide du régime eugéniste dont elle est un pur produit ?


Chronique :


Le 1er tome m'avait déjà énormément plu. Mais ce tome 2 est encore un cran au-dessus !

La force d'Oxanna, dans cette histoire, est de maintenir constamment l'intérêt du récit, en créant une tension persistante et de nombreuses interrogations. 

Les personnages, faisant tout leur possible pour fuir Germania et mettre un terme aux plans du Führer, ne connaissent aucun répit. Dans le 1er tome, je les avais déjà beaucoup aimé, mais dans ce tome-ci, je trouve qu'ils ont encore gagnés en épaisseur. Oxanna ne lésine pas sur leur psychologie et leurs interactions, ce qui fait que je me suis encore davantage attaché à eux. 

Le scénario demeure très abouti, les informations étant distillées un minimum au fur et à mesure. L'intrigue, par ses chapitres courts, est très rythmée et prend des allures de survival. À travers la fuite des personnages, une véritable course-poursuite s'engage.

Quant au côté historique, celui-ci est encore une fois bien développé. Bien que se passant dans le futur, je n'ai eu aucun mal à m'imaginer les lieux et l'ambiance quasi-apocalyptique du roman. Je n'ose imaginer ce que devait être la réalité à l'époque de la guerre... Quoi qu'il en soit, Oxanna pose des interrogations pertinentes humainement parlant. Il est tour à tour question du contrôle et du pouvoir sur autrui, du doute, du remord quant au sentiment de trahison, ainsi que du sentiment d'appartenance. 

Le plus terrifiant pour moi a été de constater que quelle que soit l'époque, la nature humaine a toujours été la même. Je pense que c'est une des leçons à tirer de cette histoire : en s'imaginant que l'Allemagne aurait gagné la guerre, est-ce que cela aurait changé quelque chose quant à la nature humaine ? D'un côté comme de l'autre, les guerres persistent, la soif de pouvoir, de savoir à n'importe quel prix et de contrôle demeurent.

La fin du roman m'a vraiment stupéfait ! J'avais émis quelques hypothèses, mais je ne m'attendais pas à un tel choc ! Ce qui me fait dire que le plus gros point fort dans cette histoire réside dans l'effet de surprise et les rebondissements qui en découlent. Ce n'est pas le suspense, c'est vraiment la surprise en elle-même. 

Inutile de m'étendre sur l'écriture, il est évident que j'aime beaucoup la façon d'écrire d'Oxanna. Les mots sont en adéquation avec l'ambiance du roman, et elle parvient à rendre ses personnages à la fois énigmatiques et charismatiques.

Bravo Oxanna pour ce 2ème tome, car tu as été plus loin que je ne l'aurais imaginé dans la construction de ton histoire. Elle est vraiment pertinente et fait réfléchir sur la nature humaine, les préjugés, ainsi que sur les technologies, parvenant à faire le parallèle entre passé et futur. 

vendredi 2 juin 2017

Moi, Lorie 15 ans



Synopsis :


Lorie, 15 ans, n'a pas une vie facile.

Depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvienne, sa mère la déteste, sans vraiment qu'elle sache pourquoi.

Heureusement, son père rééquilibre la balance ce qui lui permet d'endurer son quotidien. Jusqu'au jour où un deuil la frappe de plein fouet, son père change du tout au tout.

Elle ne pourra plus compter que sur son oncle Franck et son meilleur ami Logan, qui se révèle être bien plus qu’un simple ami ou « frère de cœur ».


Chronique :


Avant tout, je tiens à remercier Évidence éditions et l'auteure Léaly Morgane pour ce service-presse, ainsi que pour le partenariat. C'est une première en tant que blogueur, et j'en suis honoré.

Ce court roman s'est révélé poignant par son histoire. Le quotidien effroyable que mène Lorie peut parler à certain(e)s adolescent(e)s, car cette dernière est mal dans sa peau, a du mal à s'assumer et vit un enfer familial. L'histoire peut faire écho à chacun d'entre nous, car ancrée dans un quotidien réaliste, où l'auteure montre bien que toutes les familles ne vivent pas heureuses, loin de là.

Je dois dire qu'au début, j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire, me tenant à distance de celle-ci. Je comprends que l'histoire soit courte car très sombre, mais j'aurais aimé que certaines relations soient plus approfondies malgré tout, car je ne suis pas parvenu à m'attacher aux personnages, bien qu'ils ne soient pas plats pour autant.
La romance a eu tendance à m'agacer au début, car je la trouvait clichée, avec la fille mal dans sa peau craquant pour le gars inaccessible et volage. Les réactions de ce dernier restaient flous d'ailleurs. Cependant, celle-ci reste quand même réaliste, avec les espoirs et les déceptions propres aux ados, souvent utopiques.

Cependant, vers plus de la moitié de l'histoire, ça s'est amélioré. Même si les relations avec les amies de Lorie restaient survolées, j'avais commencé à apprécier davantage la romance, les personnages révélant leur mal-être et sachant se remettre en question, même si dans les dialogues cela faisait parfois "fleur bleue" à mon goût.

Mais le plus troublant dans l'histoire reste le calvaire de Lorie. L'auteure montre clairement à travers son quotidien toute la lâcheté dont des parents sont capables, car n'assumant pas leurs erreurs et rejetant la faute sur leur enfant, qui lui n'a rien demandé, et surtout pas à venir au monde dans de telles conditions. Certaines choses demeurent au-delà de notre compréhension malheureusement, et prouve à quel point l'humain peut être fragile psychologiquement. Je pense que certains doivent d'ailleurs être fous de nature pour agir ainsi.

L'écriture de l'auteure sied bien à l'histoire, avec une écriture simple et compréhensible, décrivant cette notion du quotidien avec clarté et humanisme si je puis dire.

Malgré la rapidité des événements dans leur globalité, qui m'auront empêché de m'attacher aux personnages et de rentrer profondément dans l'histoire pendant un moment, cette histoire fût finalement agréable et surtout touchante. Bravo à l'auteure, car je pense qu'il faut un certain courage pour écrire ce genre d'histoire, qui peut s'apparenter à un journal intime.

lundi 29 mai 2017

Inalia tome 2 - Les larmes de saphir



Synopsis :


Dans le château d'Inalia, une main dominatrice tire les ficelles dont Pénélope est désormais prisonnière.

Telle une marionnette, un pion sur un échiquier pervers, elle voit son destin lui échapper et perd tout contrôle sur son existence : mensonges, trahisons, morts, violences, chantage... Son monde s'écroule pièce par pièce.

La venue des Elfes dans le royaume, lueur d'espoir se profilant à l'horizon, suffira-t-elle à détourner le sort qui s'acharne ?


Chronique :


J'attendais ce 2ème tome avec impatience, et je ne fus pas déçu, malgré quelques lacunes.
Ce tome 2 commence exactement là où le 1er s'était terminé, dans sa fin insoutenable. 

Je dois dire que la tension a été encore plus forte que dans le 1er. J'ai senti les personnages changer, s'affirmer, ou se découvrir pour certains. Mais les complots et trahisons sont eux aussi légions, ne laissant aucun répit aux personnages.
Maud laisse l'opportunité de faire s'exprimer les émotions de chacun, même si des personnages comme Sylvia (un phénomène décidément) ou Lucie mériteraient davantage de développement, car elles ont quand même une certaine importance au final dans l'histoire. 
J'ai aimé le fait que Timothée soit plus mis en avant, et certaines révélations à son sujet m'ont agréablement surpris. Je l'ai encore plus apprécié que dans le 1er, car il se révèle plus fort qu'il n'y parait, s'affirmant davantage dans ce tome. 
Le Roi s'avère être un personnage à la fois écœurant et intimidant. Ses véritables intentions demeurent plus ou moins mystérieuses, mais ses échanges avec Pénélope sont vraiment prenants car ils dégagent une force palpable.
Laurine, que j'avais déjà beaucoup apprécié, a montré encore plus de panache dans celui-ci. C'est une personne vraiment dévouée et attentionnée, qui n'a pas peur d'affronter sa famille pour le bien de Pénélope et des autres. J'aime beaucoup sa personnalité, c'est l'un des personnages les plus plaisants de la saga pour le moment, et j'espère que ça le restera.
J'ai moins apprécié Pénélope cette fois. Certes, elle garde sa personnalité et vit des choses horribles, ce qui opère une évolution dans son caractère, mais j'ai trouvé qu'elle ne se concentrait pas assez sur les choses essentielles à sa survie et sur elle-même, bien qu'elle finisse par prendre une bonne décision à un moment de l'histoire.
Quant à Alexandre... Si dans le 1er tome il m'avait intrigué, je peux dire que dans celui-ci, je l'ai adoré ! Certains de ses agissements demeurent un brin excessifs, mais pour la plupart compréhensibles. Il est celui qui a connu la meilleure évolution, car il révèle une certaine vulnérabilité, tout en continuant à dégager la prestance qui lui est propre. Sa psychologie est travaillée, et je comprenais ses sentiments, ce qui le tourmente tant. Malgré sa dureté et le mystère qui l'entoure, je suis persuadé que c'est un homme bon et sincère, même si le tome suivant pourrait peut-être (ou non) révéler des surprises.

J'en viens à un élément qui m'a fâché en particulier : la romance entre Pénélope et Stéphane, et Stéphane lui-même. 
Si dans le 1er tome, je trouvais que la romance ne prenait pas trop de place par rapport au côté anticipation, là ce fût l'inverse à mes yeux. Pénélope, bien que pensant à ses amies et à leur survie, n'avait quasiment que Stéphane à la bouche, et à la longue je me disais qu'elle avait quand même autre chose à penser (elle est jeune mais ça n'excuse pas tout), même si Maud continue à nous livrer ses pensées et ses interrogations par rapport à celles et ceux qui l'entourent. Venons-en à l'intéressé justement. Dans le 1er tome, j'avais apprécié sa morale et sa vision quant à la société dans laquelle il vit, je me disais qu'il était différent de la plupart des autres personnages, même si je restais sur mes gardes malgré tout. Quelle ne fût pas ma surprise en découvrant à quel point il retournait sa veste avec facilité. J'ai été surpris du traitement du personnage, que j'ai trouvé hypocrite et effacé. Je regrette de ce fait que la romance entre les deux ait pris une telle place.

Autre point m'ayant gêné : le manque de développement de la société. Dans le 1er tome, je trouvais compréhensible que tout ne puisse être révélé sur le Grand Changement, bien que certains éléments nous donnaient des réponses. Mais dans ce tome-ci, bien que les mêmes messages sur la nature, les animaux et autres subsistent, j'aurais aimé en savoir plus sur le fonctionnement de la société dans sa globalité. L'histoire se concentre davantage sur les intrigues au château, et c'est dommage. Étant un 2ème tome, je m'attendais à des réponses supplémentaires sur le fonctionnement économique, la répartition des différentes classes, etc... Je comprends cette volonté de faire revenir la société au temps où l'esclavage était légion, où l'eau et l'électricité n'étaient pas aussi abondantes pour le peuple, tout en faisant un parallèle avec notre époque, mais c'est dommage que Maud n'ait pas davantage développé ce côté de l'histoire cette fois.

Cela étant dit, l'histoire est toujours aussi prenante et est encore plus sombre que dans le tome précédent. L'écriture de Maud est toujours aussi agréable, ayant cette capacité à faire ressentir des émotions vraiment palpables. Ce tome démontre également la cruauté dont sont capables les haut-placés, me rappelant l'antiquité et ce côté gladiateur dans certaines scènes. Aussi, il fait la part belle à la liberté, à nos choix et à ses conséquences, tout en posant une question importante : doit-on tout sacrifier pour l'être aimé, ou doit-on sacrifier l'être aimé au nom de notre liberté et de notre souhait d'avoir une vie meilleure ?

Une relation Pénélope / Alexandre aussi troublante que touchante, des personnages travaillés pour la plupart, une tension qui submerge, l'arrivée du peuple Elfe, un tigre mystérieux... Autant d'éléments qui m'auront fait adorer ce second tome, malgré quelques lacunes émises. Mais finalement, là où certain(e)s ont préféré ce 2ème tome au 1er, je ne peux pas dire que je l'ai préféré, mais plutôt quasiment autant aimé que ce dernier.

J'attends le tome 3 avec un certain empressement, car Maud laisse encore le lecteur sur une terrible fin ! J'espère simplement qu'il permettra d'en découvrir davantage sur l'univers et d'apporter la plupart des réponses attendues. De même, je n'aimerais pas constater que la saga tourne en rond et se centre davantage sur la romance que sur l'anticipation, même si je sais qu'il y a un mélange des deux. Il s'agit quand même d'anticipation avant tout.

PS : comme il s'agissait d'une LC avec Papillon Voyageur et La tasse ébréchée, voici leurs chroniques :

Papillon Voyageur

La tasse ébréchée

lundi 1 mai 2017

Élixir de nouvelles steampunk



Synopsis :


Élixir vous ouvre les portes d’un passé futuriste qui n’a jamais existé.

À moins que...

Dans ce monde de vapeur et de rouages où science et magie se côtoient, vous rencontrerez des inventeurs plus loufoques les uns que les autres, parfois charmants, d’autres fois terrifiants. Vous découvrirez un appareil photographique qui n’en fait qu’à sa tête, un sous-marin en quête de créatures fabuleuses, un musée de cire où les statues prennent vie, le premier ordinateur de l’Histoire, et bien d’autres choses encore.

Au fur et à mesure de votre lecture, d’étranges liens entre les textes éveilleront votre intérêt. Vous ne pourrez vous empêcher de remarquer la présence fugace mais récurrente de mystérieux matériaux aux étonnants pouvoirs. Et si la dernière nouvelle vous livrait leur secret ?


Chronique :


Le Steampunk est un genre qui, de base, me plait beaucoup. Et ce recueil de nouvelles a été une superbe découverte.

Toutes les nouvelles sont très prenantes et pertinentes dans leurs messages. Si je les ai toutes aimées, c'est l'avant-dernière qui a tout de même ma préférence. Elle est celle qui m'a le plus subjugué, et est immersive au possible.

La force principale de cet excellent recueil réside dans son fil conducteur, où sciences et magie s'entremêlent parfaitement et avec crédibilité. Delphine a construit chaque nouvelle avec minutie, restant cohérente dans la construction globale de son œuvre. Presque chacune des nouvelles a une fin plus ou moins ouverte. Même si je m'attendais à un autre dénouement pour certaines d'entre elles, elles ont au moins le mérite de laisser place au raisonnement et à l'imagination du lecteur. 
Personnellement, j'étais parvenu pour la plupart à deviner les tenants et aboutissants quant à celui ou celle qui tirer les ficelles. Néanmoins, le suspense demeure assez bon, car certains rebondissements sont plutôt inattendus.

Delphine a construit son recueil tel un puzzle, dont il faut pouvoir assembler chaque morceau pour savoir de quoi il en découle. Dans chaque nouvelle, la tension demeure palpable et l'intrigue mystérieuse. Je me demandais sans cesse ce qui allait vraiment se passer, réfléchissant au lien qu'il pouvait y avoir entre elles. À la fin du recueil, je peux dire que je ne m'attendais pas à une telle révélation, me faisant dire que Delphine a été plus loin que je ne l'aurais pensé. Et le plus drôle, c'est que ça tient parfaitement la route.

Je parlais plus haut de l'avant-dernière nouvelle m'ayant particulièrement submergé. Celle-ci demeure pour moi une prouesse de créativité. Les messages quant à notre monde et les conséquences des actions humaines apparaissent très clairement dans cette nouvelle. J'ai d'ailleurs été très agréablement surpris en croisant certains personnages très célèbres, ayant eu un impact non négligeable sur l'humanité.

Au travers des différentes nouvelles, Delphine a mis en scène des personnages crédibles et attachants (comment ne pas être touché par cet homme au passé douloureux se faisant justice lui-même), ainsi que des technologies apparaissant déjà révolutionnaires dans ces époques antérieures. J'ai trouvé fascinant de découvrir ces anciennes technologies, le parallèle avec notre époque se faisant aisément. Il était effarant de constater à quel point celles-ci ont évolué.

Ce recueil de nouvelles démontre toute la soif de pouvoir et de savoir pouvant ronger l'humain. Dans sa nature, celui-ci est sans cesse en quête de nouvelles connaissances, voulant tester ses limites, le plus souvent pour d'obscures raisons (l'argent, la domination, le contrôle sur autrui...). Mais comme Delphine le fait bien comprendre, c'est quand il est trop tard que l'humain prend soudain conscience de ses erreurs. Ce recueil envoie pour moi un message clair : le passé, autant au niveau humain que technologique, ne doit pas être oublié, et doit permettre à l'humain d'agir dans le bon sens pour le futur.

Cet excellent livre ne serait pas non plus ce qu'il est sans la très belle écriture de Delphine. Les mots défilent tout seuls, grâce à un vocabulaire clair et recherché en même temps, collant parfaitement au thème et à l'époque dans laquelle les nouvelles se déroulent. Elle est parvenue à m'immerger facilement dans son univers, tissant les fils de son intrigue telle une marionnettiste.

Original, pertinent, intelligent et mystérieux, sont pour moi les qualificatifs qui conviennent à Élixir de nouvelles steampunk, qui mérite vraiment d'être découvert. Grâce à ce recueil, Delphine a accentué mon envie de connaitre davantage d'œuvres dans ce genre, qui est très intéressant à plus d'un titre. 

vendredi 21 avril 2017

Ronces Blanches et Roses Rouges



Synopsis :


Orphelines d’un passé dont elles n’ont aucun souvenir, Sirona et sa jeune sœur Eloane sont aussi différentes qu’inséparables.
Quand leur tutrice, Iphigénie Whitecombe, fiance l’aînée à un inconnu, leur avenir sombre dans l’incertitude… Pour échapper au mariage qui l’effraie et à la colère dévastatrice de Mme Whitecombe, Sirona prend la fuite.
Au cœur d’une forêt obscure et de sa propre tourmente, elle se fait toutefois une promesse : celle de revenir chercher sa sœur.
Quitte à affronter l’ours qui rôde dans son sillage.
Quitte à suivre les ronces blanches et les roses rouges.
Quitte à croire en la magie.
Mais c’est sans compter sur l’énigmatique pianiste qui compose une toile de mélodies enivrantes, dans son château où la nuit est synonyme de toujours…
La musique, le désir de vengeance, l’amour véritable comme l’attirance malsaine tissent les fils rouges et blancs qui se croisent et se nouent jusqu’à la fin de ce récit enchanteur, inspiré par le conte des frères Grimm : Blanche-Neige et Rose-Rouge.


Chronique :


Magic Mirror Éditions est une récente maison spécialisée dans la réédition des contes, que ces derniers soient des classiques ou des histoires oubliées. Et pour leur première publication, je n'ai qu'une chose à dire : chapeau !

Je suis immédiatement rentré dans l'histoire, car ce qui m'a frappé d'emblée, c'est l'ambiance à la fois onirique et mystérieuse mise en place, ainsi que la magnifique plume de Laetitia. Celle-ci est à l'image de ce merveilleux conte : féerique, poétique, douce et sombre à la fois. Elle reste toujours cohérente avec son propos, parvenant à me faire ressentir les sentiments et émotions des personnages.

Ces derniers sont bien construits et suffisamment développés pour que le lecteur prenne le temps de se familiariser avec eux. 
J'ai beaucoup aimé Sirona, qui incarne la prudence, le mystère et la raison, tout en demeurant plus sensible qu'il n'y parait. Le fait qu'elle sache voir au-delà des apparences m'a touché, bien qu'au départ, elle ait du mal à croire en la magie. Les événements dont elle va être témoin vont la forcer à reconsidérer son opinion sur cette dernière. C'est un personnage intelligent qui a également une certaine force de caractère, et ça m'a beaucoup plu.
Eloane est l'opposée de Sirona : plus gaie, enjouée, mais aussi plus naïve. J'ai aimé sa relation avec Sirona, faite de remises en question et de compréhension. Elles sont protectrices l'une envers l'autre, même si la vie et les événements rencontrés ne vont pas les épargner.
Quant au pianiste, j'ai eu, tout au long de l'histoire, du mal à le cerner. Plus exactement, je comprenais ses intentions, mais mon sentiment oscillait sans cesse entre désarroi et peine. C'est un personnage qui demeure énigmatique et ambigu.

L'intrigue du roman est saisissante, pleine de suspense. Elle est entourée de mystère, de féerie, de poésie, nous rappelant l'enfant qui sommeille en nous, à cette époque où nous nous émerveillions devant les paysages enneigés, la beauté même de la nature et tout ce qui l'entoure. C'est une histoire tendre et forte à la fois, qui ne manque pas d'émouvoir et de surprendre par sa sensibilité et ses messages cachés.

Laetitia a fait bien plus que se réapproprier ce fameux conte oublié des frères Grimm : elle a construit cette histoire à sa manière, avec sa plume et sa sensibilité, lui donnant un nouveau souffle. Magic Mirror a eu une superbe idée en incluant le conte original à la fin de l'histoire, permettant de le (re)découvrir et de se faire sa propre idée par rapport à ce qu'en a fait Laetitia. Je ne m'étendrais pas sur le sujet, mais je trouve que Laetitia l'a magnifié, lui donnant un côté plus mature et encore plus humain, tout en créant sa propre histoire, et c'est un vrai tour de force.

Ce conte est absolument merveilleux. Ce qui fait tout son charme réside pour moi dans sa morale et les messages qui y sont dissimulés. C'est un vibrant hommage à la nature et à son respect, à l'art dans son ensemble (notamment la musique), ainsi qu'aux liens familiaux. 
Laetitia, à travers sa plume, donne corps à la nature et à ses éléments, faisant comprendre que tout ce qui nous entoure a une âme et une volonté propre. La nature devient de ce fait un personnage à part entière dans l'histoire. Et cet ours... Si sensible, si humain... Je ne pouvais m'empêcher d'être ému à chacun de ses passages, ainsi que par ce lien qui se crée entre lui et Sirona. Voilà de ce fait un autre message : les animaux sont des êtres vivants, comme nous, plus sensibles encore que nous le sommes, ce ne sont pas des objets ou des trophées, et il faut eux aussi les respecter.
Il y a également beaucoup de leçons à tirer au niveau humain, cette histoire démontrant que les apparences ne font pas tout, et que la soif d'argent, la convoitise et la jalousie font partie de la nature humaine, certains étant prêts aux pires atrocités pour obtenir ce qu'ils veulent.

Je finirai en disant que ce conte se ressent plus qu'il ne se comprend. Tout n'est que sensations et émotions, le langage des fleurs, du vent et des autres éléments parlant pour nous. C'est original, enchanteur et vivant.

Félicitations à Magic Mirror éditions pour cette publication. Il ne fait aucun doute que cette maison a un potentiel certain et est à suivre de très près, en tout cas c'est très bien partie. Et surtout, félicitations à Laetitia, pour avoir brillamment reprit ce conte, faisant de celui-ci quelque chose de personnel et d'atypique.